Immigration choisie ? Chiche ?
D’aucuns crient au naufrage du vaisseau France. Le rapport de Malek BOUTIH vient à point nommé hurler avec les loups. Il a même devancé les aspirations de Nicolas Sarkozy notre ministre pressé.
Que nous dit ce rapport? Un acronyme attrayant: 2A2I pour une improbable Administration pour l’Accueil et l’Insertion des Immigrés décidemment trop chouchoutés par la gauche. Des permis de séjour et de travail tricolores divisés en diverses catégories formant une hiérarchie de précarité. Il enjoint la France à enrayer l’immigration et la clandestinité en institutionnalisant le pouvoir de recourir à une main d’œuvre étrangère bon marché. Sa solution: introduire un statut de saisonnier permettant aux étrangers de venir travailler sur appel pour une durée limitée et sans regroupement familial.
Une immigration protectionniste, sécuritaire empreinte d’anachronisme, c’est ce que nous propose Malek BOUTIH. Et l’Europe dans ce fatras? L’Europe et sa longue tradition d’immigration? Néant, pas l’ombre d’une analyse, d’une perspective.
Nicolas Sarkozy a actionné dans le circuit politico intellectuel, en panne sur la question -concédons lui ce mérite- l’unique soupape de sécurité en temps de crise sociale. S’appuyant incontestablement sur les prérogatives de l’Etat nation et accompagnant le règne de la tyrannie du national, on nous refait le coup de l’étranger, (terme fourre-tout allant de l’immigré traditionnel, au faux requérant, jusqu’au naturalisé douteux) garant de la paix sociale. Montrer du doigt les étrangers et ils redeviendront les boucs émissaires de nos crises nationales. Leur rejet serait une réponse au manque de repères d’identité nationale. Cette propagande doucement distillée dans notre pays pour créer un ferment unificateur dans une France qui risquerait de partir en éclats. Construite autour d’un «Je suis Français car je ne suis pas étranger» tentera toujours les opportunistes du mandat électif de tout bord.
La France a voté non a la constitution européenne mais La France est européenne, elle l’est plus que jamais. Réfléchir à la question de l’immigration dans notre pays sans s’adosser à tout ce qui est en train de prendre forme en Europe en la matière est une erreur politique majeure. On ne peut donc que s’interroger sur le bien fondé de ces propositions mettant d’accord un pan de notre parti et la droite, dans un contexte de manque de main d’oeuvre, de vieillissement de la population active européenne identifié, en 2000, tant par les Nations Unies que par le Bureau International du Travail, ainsi qu’en Allemagne, dans le projet de loi sur l’immigration de 2001, en Italie par le Gouvernement Berlusconi, et en France par le Conseil économique et social en 2003 (rapport de Michel Gevrey).
Quels étrangers veut-on admettre sur le marché du travail de notre pays ? Est-il encore nécessaire de faire venir sur le marché du travail Français des ressortissants de « pays tiers », étant donné la libre circulation des personnes dans l’UE ? L’UE ne représente-t-elle pas un espace suffisamment étendu pour couvrir les besoins de personnel étranger dont la France a besoin ? Faut-il fixer le principe général suivant : pas d’autorisation de travail pour des ressortissants de pays tiers ? Et dans ce cas, faudra t-il prévoir un certain nombre d’exceptions? Les ressortissants de certains pays doivent-ils être traités de manière privilégiée?
Voilà les questions que Nicolas Sarkozy pose en filigrane.
Sous la pression conjointe de l’économie et de l’opinion, dans un contexte devenu planétaire, maîtriser les flux migratoires est certes utile, s’inquiéter de la recrudescence d’une certaine xénophobie et d’agir est urgent mais un tel constat ne peut en aucun cas donner lieu à une politique démagogique et populiste. Quand xénophobie rime avec stratégie et que le droite manœuvre à instrumentaliser le thème de la xénophobie afin d’écraser de son poids des partis d’extrême droite cela peut se concevoir, mais on est en droit d’attendre des socialistes d’autres solutions, d’autres pistes.
Notre secrétaire nationale en charge des questions de société; serait bien inspiré de relire la déclaration de principe de notre parti qui se fixe pour objectif l'émergence d'une société qui réponde aux aspirations fondamentales de la personne humaine telles que les ont définies des siècles de luttes pour le progrès: la liberté, l'égalité et la dignité des hommes et des femmes, le bien-être, la responsabilité et la solidarité. Il est prié de revoir sa copie et de replacer le débat sur le terrain des droits, des droits humains, des principes et des règles pouvant servir de points d’ancrage pour l’avenir de notre société pour la définition du bien commun, du vivre ensemble et des moyens pour le permettre.
Qu’il faille le lui rappeler est gênant !
Naoual
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